Mapo: pont du suicide ou de la vie ?

Mapo: pont du suicide ou de la vie ?

Il y a peu de temps, j’ai regardé un reportage réalisé par une chaîne de télévision française sur le Suneung, soit l’équivalent du bac en Corée du sud. Si je n’ai rien appris de plus que je ne savais déjà, un détail m’a tout de même inspiré ces quelques lignes. Nous le savons, la fatigue et la pression qui reposent sur les épaules des candidats sont telles que chaque année, plusieurs d’entre eux choisissent de se suicider plutôt que de risquer de décevoir et faire perdre la face à leur famille.

La Corée du sud détient en effet le taux de suicide le plus élevé parmi les pays de l’OCDE. Pour passer à l’acte, c’est à l’ouest de Séoul, dans le quartier financier de Yeouido, que se trouve l’un des endroits privilégiés. De jour comme de nuit, des promeneurs parcourent les quelques 2 km du pont Mapo pour admirer la vue alors que d’autres y viennent pour s’ôter la vie. Pour pallier à cette vague de décès, un projet pour le moins remarquable a été instauré à cet endroit il y a déjà quelques années. Gros plan sur Mapo : pont du suicide ou de la vie ?

Pont Mapo_message

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Concrètement de quoi s’agit-il ?

Les assurances Samsung en collaboration avec Cheil Worldwide ont mis sur pied un projet pour le moins brillant, visant d’une part, à réduire le taux de suicide et d’autre part, à donner une autre symbolique à ce lieu tristement célèbre en transformant le « Pont du suicide » en « Pont de la vie » ( 생명의 다리).

En septembre 2012, après un an et six mois de travaux, la nouvelle infrastructure dévoila des rambardes lumineuses véhiculant messages et images de réconfort, plutôt que des barrières physiques de sécurité. Un réaménagement pour le moins audacieux qui soulève plusieurs questions. Pourquoi ne pas avoir mis en place un système de sécurité plus « efficace » ? Comment et par qui ont été sélectionnés les messages et les images ?

De fait, il est normal de se demander s’il n’aurait pas mieux fallu augmenter la hauteur des rambardes de sécurité, interdire l’accès au pont à la tombée de la nuit,  ou encore, installer un filet de sécurité en dessous du pont ? L’équipe en charge du projet est formelle : une personne qui souhaite mettre fin à ses jours trouvera le moyen de passer par-dessus les barrières de sécurité, se dirigera vers un autre endroit ou utilisera tout simplement une autre méthode. Aussi, l’approche se veut humaine en essayant de créer un lien, un dialogue avec la personne en détresse dans l’espoir de lui faire appréhender la vie autrement.

Pont Mapo_téléphone

En haut, de gauche à droite: « Un peu plus loin ici, il y a un téléphone » En effet, un téléphone est disposé sur le pont. Il y a deux boutons. Le premier est destiné aux témoins afin de prévenir les secours tandis que le second est destiné aux personnes suicidaires et permet de rentrer en contact avec un centre d’écoute.

Pour y parvenir, des équipes ont planché sur la création d’illustrations et de messages ayant pour principal objectif de relaxer les gens grâce à l’humour, le tout validé par une équipe de psychiatres. Concrètement, des capteurs ont été glissés sous les rambardes et à la tombée de la nuit, les diodes s’allument au fil de vos pas pour éclairer les mots doux, les paroles de chansons ou les blagues qui sont inscrites !

Pont Mapo_messages

En haut, de gauche à droite: « Serais-tu venu seul par hasard ? » En bas, à gauche: « Et si on allait boire un café? » En bas, à droite; « A la prochaine~ »

Le pont comprend également une zone avec des photographies de bébés souriants, de couples, de grands-parents etc. Des visages qui visent à rappeler qu’il y a, autour de nous, même dans une situation difficile, des personnes qui nous aiment.

Tout cela semble merveilleux, pourtant on ne peut s’empêcher de penser…

Ces messages peuvent-ils être véritablement dissuasifs ?

La cynique qui se cache en moi questionne l’efficacité réelle du projet. Car, faire d’un point de saut un endroit « réconfortant » grâce à quelques messages et photos ne peut résoudre de manière pérenne un problème qui doit être pris en charge par le gouvernement et la société toute entière. Ceci dit, cette initiative n’en reste pas moins essentielle. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle contribue à sauver des vies, qu’importe si le nombre semble dérisoire !

En outre, en réfléchissant à la personne qui se jette à l’eau, je me demande à quoi elle peut penser ? Avant de frapper l’eau, éprouve-t-elle, ne serait-ce qu’un instant du regret ? Si oui, cette dernière aurait-elle aimé que quelqu’un ou quelque chose la dissuade de le faire ?

Pour conclure, c’est la réaction d’une passante qui m’a fait comprendre la beauté du projet. Elle déclare avec justesse que « ce qui est drôle, c’est qu’une fois que vous commencez à lire les messages, vous ne vous rendez pas compte du temps qui s’est écoulé!» C’est peut-être bien là l’essence du projet : attirer l’attention, l’espace de quelques minutes, de la personne qui s’apprête à se jeter. La faire sourire, peut-être rire voire la faire réfléchir à deux fois avant de commettre l’irréparable. Parfois, un mot d’encouragement peut véritablement apporter une lueur d’espoir !

Vous l’aurez compris, le « pont de la vie » est une démarche touchante qui mérite que l’on continue d’en parler, en espérant que d’autres initiatives du genre voient le jour ! Pour l’heure, on se quitte avec la vidéo de la campagne.

Lorsqu’elle ne chaperonne pas la petite troupe de rédacteurs, elle griffonne, un mug de café à la main, des billets sur tout et rien…mais surtout à propos de la Corée du sud.

Audrey H. – a écrit articles pour Web Journal Tchintcha.


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